A long long interview for JWA, a 'lifestyle magazine for influencers'.
Une longue interview pour JWA, le 'lifestyle magazine for influencers'.
JWA MAGAZINE
Focus sur le graphiste Mega ! De Technikart à Clark en passant par Kink, WAD, Max etc. vous avez sûrement déjà vu ses réalisations dans les pages de vos magazines préférées pour lesquels il a travaillé ou signé une D.A. Mega nous parle de son parcours et du travail de D.A, ce qui fait de lui, un des graphistes incontournables de la presse spécialisée...
Parle nous un peu de ton parcours et dis nous comment tu es arrivE A Etre une des rEfErences de cette nouvelle gEnEration d’illustrateurs ?
J’ai passé la fin de mon adolescence à côtoyer l’univers du graffiti, à peindre des murs dans une veine plutôt new school avec mon pote Peper. Par new school j’entends que nous n’étions pas du tout intéressés par tous les trucs classiques wildstyle / B-boys et que nos influences se trouvaient davantage dans les bouquins de graphisme Suisses et Allemands que dans les fanzines graffiti. Peu à peu, l’utilisation de l’ordinateur est donc apparue comme un prolongement naturel et un développement logique de ma démarche graphique, permettant notamment d’ouvrir de nouvelles perspectives au niveau technique, et m’offrant potentiellement l’accès à un public plus large. Conscient que les murs n’intéressent qu’une audience restreinte de writers, j’ai toujours considéré que la publication et la diffusion d’objets imprimés présentait l’avantage de toucher les non-initiés.
Après pas mal de temps passé devant mon écran à essayer de comprendre et de maîtriser l’utilisation des logiciels de base, j’ai finalement monté avec un ami (Delarocca) le studio Structure et édité un fanzine appelé First. Un objet très graphique, haut de gamme, imprimé en chrome sur un papier de création de couleur noir, et dont le contenu rassemblait quelques interviews d’acteurs de la scène hip hop underground de l’époque, d’Antipop Consortium à Soul Williams. Ce fanzine nous a permis de faire la connexion avec toute une nouvelle génération de journalistes impliqués dans la création de magazines. Clark sortait son premier numéro, Blast était encore un magazine plutôt orienté street, BPM et Tracklist commençaient tout juste, mais la rencontre la plus fructueuse a été celle du rédacteur en chef de Kink, un magazine sur les sports de glisse qui venait de sortir son premier numéro. Les choses se sont rapidement enchaînées et quelques semaines plus tard nous reprenions avec Delarocca la direction artistique du produit. Kink a été une véritable plateforme d’expérimentation et d’apprentissage qui nous a permis de poser les premières bases de notre style, dans un esprit de totale liberté.
En parallèle, nous avons trouvé le temps de partir à New York pour rencontrer et interviewer les différents acteurs de l’underground musical et des “street cultures” (les mecs de Def Jux, Zoo York, Wordsound, Stay Free, etc.). Il faut se remettre dans le contexte d’une époque où il n’existait pas encore en France véritablement d’éditeur de livres de qualité sur le thème du graphisme et de l’illustration, du moins tels que nous nous l’entendions, c’est-à-dire dans un esprit plus “street” que classique, avec des papiers différents et des encres spéciales sur certaines pages (comme pouvaient le faire les Allemands de DGV). Nous avons donc mis pendant un an nos vies en stand-by afin d’écrire, illustrer, financer, traduire, et publier 'NYC Rules!', un bouquin graphique de réflexion sur la notion d’underground au sien de la grosse pomme. Tandis qu’un deal avec un distributeur nous donnait l’accès aux réseaux FNAC et Virgin, la réaction des médias quant à elle a été plus que positive avec toute une flopée d’articles élogieux dans les magazines cool du moments.
Par la suite, le magazine Kink ayant été racheté par un autre éditeur j’ai repris la DA tout seul pendant quelques années, avant de m’installer sur Paris pour reprendre celle de BPM, magazine qui m’offrait de nouvelles perspectives. Mon travail d’illustrateur continuait de son côté à prendre de l’ampleur avec de plus en plus de parutions chaque mois, que ce soit en France ou à l’étranger, à tel point que j’ai cherché (et trouvé) un agent. Lorsque l’aventure BPM s’est arrêtée, je suis entré dans l’équipe du magazine WAD afin d’y assurer la co-DA, tout en commençant à considérer de plus en plus mon travail d’illustrateur comme la priorité, si bien qu’en 2005 j’ai stoppé mon boulot chez eux afin de devenir 100% freelance, statut qui me permettait qui plus est de continuer à bosser tout étant libre de vivre où je voulais. Je suis donc parti vivre au Brésil jusqu’à la fin de l’année, avant de rentrer quelques mois sur Paris pour ensuite m’installer à Buenos Aires (en Argentine). J’y suis resté jusqu’en octobre 2006, moment où mon “partner in crime” Pierre Henny (le rédacteur en chef de Kink, puis de BPM) m’a proposé de venir m’installer sur Sydney afin de reprendre la DA d’un magazine Australien et Néo Zélandais sur les cultures urbaines. J’ai accepté c’est donc là que je vis aujourd’hui encore.

Tu as travaillE avec de nombreux titres de la presse spEcialisEe comme Clark magazine, Technikart , Wad, Max, Redux, feu Bpm, Dedicate, Refill, Kink. En tant que spEcialiste et D.A qu’est-ce qui fait que tu vas apprEcier un magazine plutOt qu’un autre ? Sinon lesquels lis-tu rEguliErement en France et A l’international ?
Il est clair que j’apprécie particulièrement les magazines en tant que moyen de diffusion pour mes illustrations. C’est pour moi la façon la plus simple et la plus évidente de toucher les individus susceptibles d’être intéressés par mes productions. A l’inverse d’autres supports comme les t-shirts, les livres, ou encore les pochettes de disque, le magazine est un produit à la durée de vie limitée. Il y a une notion d’urgence, des deadlines souvent courtes, des contraintes spécifiques qui forcent la créativité. Pour ce qui est de l’illustration, j’essaie d’apporter quelque chose de plus à chacune de mes parutions. D’une manière générale, je choisis de faire des illustrations où d’assurer la DA pour des magazines que j’ai envie de lire, le choix aussi simple que ça. Si le magazine m’ennuie, je refuse, à moins que les mecs me proposent plein d’argent ! Maintenant, il faut bien comprendre que le boulot de DA n’a rien a voir avec celui d’illustrateur. Assurer la direction artistique d’un titre signifie concrètement s’occuper de sa partie visuelle, c’est-à-dire, produire une mise en page qui permet différents niveaux de lecture, trouver un équilibre dans le rapport texte/images, créer une identité forte et garder à l’esprit les contraintes économiques, mais aussi organiser des shoots photo, trouver des illustrateurs, etc. Pour de la DA, je regarde beaucoup ce qui se fait dans tous types de magazines. A vrai dire j’ai aujourd’hui une idée assez précise de ce qui fonctionne ou non esthétiquement, et mon attention se tourne maintenant plus vers les magazines de masse comme Public ou FHM. J’essais de faire abstraction de l’esthétique putassière pour voir de quelle manière ils mettent en valeur telle ou telle rubrique, comment ils organisent leurs sections, et je tente ensuite d’intégrer ces notions dans mes propres magazines, en en faisant si possible un truc bien visuellement. En France les seuls magazines que je lis sont Clark et WAD. Au niveau international j’ai longtemps été fan de Vice (même si le concept tend à s’essouffler), Lodown a perdu de sa créativité au profit de Monster Children qui a bien su calquer et renouveler l’esprit, Complex, Fader, The Face, iD, Neo2, XLR8R, restent des références pour ce qui est de suivre l’actualité des cultures street et de la mode, tandis que Juxtapoz est le meilleur magazine de tous les temps pour ce qui est de l’illustration.
En 2002 tu co-rEalises et Edites le livre 'NYC rules!', qui traite de la culture underground new-yorkaise et des diffErentes scEnes qui la composent. Quels sont aujourd’hui pour toi les artistes de la scEne new-yorkaise A surveiller ? Et si tu devais faire un 'Paris Rules' quels artistes retiendrais-tu en vrac ?
Pour ce qui est de la musique, en ce moment je suis assez fan de tout le trip Dipset. En graffiti Neckface défonce bien, tandis qu’en skate j’attends de voir comment les fondateurs de Zoo York vont développer leur nouvelle marque Shut. Je dois malgré tout avouer que je ne suis pas retourné à New York depuis maintenant longtemps et que je ne suis pas à la pointe de tout ce qui se fait là bas. Faire un 'Paris Rules!' serait très certainement en bonne idée, mais la France reste un petit pays et même s’il est vrai que la plupart des activités intéressantes se centralisent sur Paris, beaucoup de choses continuent à venir de province. Lorsque les gens vivent dans des villes plus petites, ils ont tendance à consacrer plus de temps et d’énergie à leurs passions, tout simplement car les distractions sont moins nombreuses. Bref, au niveau visuel je retiendrais des gens comme Veenom et Postics, je suis depuis longtemps un grand fan de HNT, mais aussi de Jérôme Coste, tandis que Zevs a probablement la démarche la plus passionnante au niveau graffiti. Pour ce qui est de la photographie il y a beaucoup trop de monde pour tous les citer, mais je dirais que j’apprécie beaucoup les univers de Wilee et de Dimitri Coste. Musicalement j’ai un peu de mal. Certains artistes d’Ed Banger sont talentueux mais sur l’ensemble la qualité est à mon avis surestimée. Sinon l’electro de dDamage, et celle du label Wwilko, le hip hop de la Caution et surtout celui de l’incontournable Booba. Mon problème avec la France est que les gens ont tendance à trop vite mettre sur un pied d’estale des gens qui n’ont aucun talent. Cette obsession de la 'hype' tourne trop souvent au culte de la médiocrité. Je crois qu’au fond je suis un mec trop aigri pour faire un 'Paris Rules!' ! Ahahahah…
Peux tu nous parler un peu de REtroactif 1 & 2 ?
Rétroactif 1 & 2 sont des livres de graphisme dans lesquels j’ai participé (du moins le 2), édités par l’Edition Populaire et Christophe Bouchaba, qui était en dehors de ça le distributeur de 'NYC Rules!'
Beaucoup de personnes ont pu te connaItre via le projet des planches pro models pour la marque Cartel, comment s’est faite la connexion ?
Blackboul de Triptik qui est un ami m’a un jour présenté son frère, qui est ensuite devenu un ami et m’a à son tour présenté à Jérôme qui s’occupe quant à lui des marques Circa et Cartel sur Paris. Jérôme m’a demandé de faire une série de pro models pour Cartel, 'Cartel by Mega' sérigraphiées avec ma signature en or sur le dessus, et une totale liberté sur le traitement des visuels. Le genre de proposition qui ne se refuse pas, d’autant que je savais que le Jérôme en question est un mec professionnel et carré, ce qui n’est pas forcément toujours une évidence dans le milieu.
Tu Etais rEcemment A Sydney, peux-tu nous dire ce que tu y faisais ?
Je suis toujours à Sydney, même si je pense rentrer en France bientôt, probablement vers la fin du mois d’Avril. Je m’occupe donc d’assurer la direction artistique d’un magazine appelé Acclaim. En dehors de ça j’ai rencontré pas mal de gens aussi cool que talentueux et je pense tenter d’organiser une série d’expo en Europe pour au moins un d’entre eux. Time will tell. Sinon je vais participer en Avril à l’exposition No Comply qui se déroulera à Melbourne et qui présente le travail de pas mal d’artistes internationaux au cours d’une série d’événements qui s’étaleront sur une semaine. Je pense aussi faire également une petite expo sur Sydney. Sinon il ne faut pas oublier que les saisons sont inversées dans l’hémisphère sud et que c’est ici l’été, ce qui signifie que je viens de passer les derniers mois à bronzer en allant à la plage qui se trouve à 20mn de bus de mon appartement du centre ville… Ceci dit j’ai beaucoup pensé à mes amis restés sur Paris.
Tips & Tricks
Sites favoris : Je vais faire dans le basique, mais Wikipedia, Google, IMDB et Youtube ont changé ma vie. La meilleure radio est remoteDj.com, ce dj me rend fou avec ses sélections. Je suis un gros fan d’afrobeat, de soul et de funk, mais ce mec me sort des tueries que je ne connaissais pas chaque jour, toutes les heures ! Mon site est quant à lui probablement la meilleure chose arrivée sur internet depuis le porno. Ahah!
Influences (personnes ou autres) : Jérôme Coste, Charles Burns, et à peu près tout se qui m’entoure et que je peux voir au quotidien. Sinon la musique tient donc une place centrale dans ma vie et mon travail, et (impossible de dresser la liste des artistes) je dirai donc l’afrobeat, la soul, le funk, et beaucoup de choses dans le hip hop d’aujourd’hui.
Tes projets à venir : Continuer de voyager et tenter de faire de ma passion mon travail aussi longtemps que possible. Je vais aussi sortir une série de t-shirt Mega et probablement une boutique en ligne. Une série limitée de polo 'by Mega' pour une marque de street golf devrait sortir d’ici peu. L’expo No Comply, le prochain numéro d’Acclaim, éventuellement revenir sur Paris, ou retourner m’installer quelques temps au Brésil. Si possible faire une grosse campagne de pub afin d’être enfin riche et de pouvoir vivre sans pression pendant quelques temps.

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